Mon Oncle

Après Rome, je voulais débuter une nouvelle série d’articles autour  du thème de la Ville. Evidemment, on ne peut pas passer avec un tel sujet à côté des films de Tati et notamment Mon Oncle et Play Time.

Pour être tout à fait franche, je ne connais pas Jacques Tati depuis longtemps. J’avais vu les Vacances de M. Hulot il y a un petit moment et quand le petit cinéma d’art et d’essais de mon quartier a programmé une rétrospective, je me suis laissée tentée par Playtime sans rien connaître de ce film.

Je fus tout de suite transportée par l’esthétique du film, les lignes droites, la géométrie implacable et en même temps la tendresse et le décalage de M. Hulot perdu dans ce beau décor. Enthousiaste, je me suis offert l’intégrale des films Hulot et j’ai profité des vacances pour voir Mon Oncle. 

En ce moment, on peut entendre et voir beaucoup d’émissions autour de l’oeuvre de Jacques Tati (Reportage Tati Express sur Arte ou les Nouveaux Chemins de la Connaissance consacrée à Tati cet été  : Playtime ici et Mon Oncle ici).

Prenons donc Mon Oncle par le début, c’est à dire par son titre. Ce qui est frappant à la réflexion, c’est le choix d’utiliser un pronom possessif qui devrait annoncer une narration à la première personne, très subjective alors qu’en réalité, la caméra est très discrète et filme de loin les protagonistes. Il n’y a pas plus de voix off qui viendrait soutenir la narration et en souligner le sens. Chacun pense ce qu’il veut des images et peut même considérer que décidément, cet oncle Hulot est asocial et incapable de se fondre dans la merveilleuse modernité incarné par la maison et l’usine des Arpel. Ce serait évidemment passer à côté du film mais quelqu’un qui n’accroche pas du tout au propos de Tati pourrait tenir ce type de raisonnement.

Evidemment, on compatit, on s’émeut, on suit avec plaisir et à grande enjambées déguindées M. Hulot dans ses pérégrinations et on rit des habitudes des Arpel. Finalement, choisir d’appeler le film Mon Oncle alors que le film se déroule principalement dans la rue, chez les Arpel et dans l’usine du mari au point que l’on ne voit jamais l’intérieur du logement de l’oncle, c’est faire primer l’être humain sur tout ce décor étouffant et rigide. C’est aussi souligner la place du jeune enfant de la famille, neveu de M. Hulot, dans le scénario. Comme pour les autres personnages, il n’est dépeint que grossièrement. On ne connaît pas précisément ses traits de caractères, ni ses goûts mais on sait qu’il subit l’enfermement de la maison cubique et qu’il aime s’en échapper en compagnie de son oncle. Lui, comme tous les enfants de son âge sont les perturbateurs, de la mécanique bien huilée qui s’instaure de la maison à la voiture et de la voiture à l’usine.

Le film est ainsi construit sur une opposition entre la vieille ville et la ville moderne.

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