Idées de lecture : des contes traditionnels

Bonjour à toutes et à tous,

Quand j’ai commencé à penser à l’article que vous avez maintenant sous les yeux, je pensais faire une présentation des contes pour enfants détournés. J’en avais déjà faite une ici et une autre ici. Mais la lecture de la Psychanalyse des Contes de fées de Bruno Bettelheim dont je vous parlais sur Instagram en début d’année (@quelquesgrainsleblog) m’a fait changer de point de vue.

Spontanément, j’étais de celle qui voyait dans les contes traditionnels une forme de narration désuète, se déroulant dans des temps reculés n’ayant plus aucun lien avec notre mode vie actuel (la forêt, les maisons en bois). Et puis mes émotions littéraires de jeunesse ne me rattachaient pas vraiment à ces contes sinon en ce qu’ils avaient laissé au fond de moi une angoisse diffuse. Bruno Bettelheim a modifié grandement ce point de vue par son analyse fine des contes les plus connus au travers de laquelle il explique pourquoi ces récits sont très importants pour le développement psychique de l’enfant. Il montre qu’il ne faut pas prendre ces récits au pied de la lettre et que ceux-ci derniers raisonnent particulièrement dans le psychisme tourmenté du jeune enfant soumis à des angoisses profondes sur lesquelles il n’est pas encore mesure de poser des mots. Bref, B. Bettelheim ne se perd pas dans les lieux communs cent fois ressassés autour du sang comme symbole des règles ou de la perte de la virgnité. Il va nettement plus loin et montre qu’il s’agit d’histoires dont la trame principale se retrouve dans de nombreuses cultures car répondant à des questions universelles.

A la lecture de la Mythologie des Contes de Fées, je suis donc partie à la recherche de beaux contres traditionnels qui sortent quand même un peu de l’ordinaire et qui sont moins connus que ceux adaptés par Disney.

A noter si le sujet vous intéresse que sur France Culture, la Compagnie des Auteurs a consacré en début d’année une série d’émission sur les contes de fées. ( lien vers le premier épisode ) Vous pouvez également retrouver sur le site de la radio une émission des Chemins de la Philosophie consacrée au sujet.

les trois plumes D’abord, je voudrais vous présenter le conte les Trois Plumes qui est un de ceux dont l’analyse B. Bettelheim m’a le plus plu. Il s’agit d’un père qui pour assurer sa succession soumet ses trois enfants, dont le benjamin est considéré comme l’idiot de la famille, à différentes épreuves. Contre toute attente, ce dernier qui parvient à tirer parti de ce qui lui est donné et qui  réussit chaque épreuve bien mieux que ses frères qui pêchent par orgueil et paresse. Bettelheim explique que la position de l’idiot dans le conte parle à l’enfant qui ne se sent pas à la hauteur des attentes de ses parents. 
Le conte le rassure en lui promettant que dans l’avenir, sa situation s’améliorera. Nous nous sommes procurés la version illustrée par Anne Romby. Les illustrations sont belles et douces et le texte est suffisamment court pour être accessibles aux plus jeunes.
Autre conte traditionnel, illustré cette fois par Charlotte Gastaut, Poucette. Ici, le texte est plus dense, pouvant parfois remplir une page entière et l’histoire est aussi plus complexe avec de multiples rebondissements. Charlotte Gastaut donne une tonalité particulière au récit avec des dessins empreints d’une certaine noirceur. En effet, si l’image que l’on peut avoir de Poucette est assez romantique, parce que la fin du conte l’est, il reste qu’elle est soumise à de nombreuses épreuves et à des animaux inquiétants : la grenouille, l’hanneton, la taupe. Le dessin répond au danger environnant qui renouvelle l’illustration parfois un peu plate et romantique de ces contes. poucette
Diarabi et Mansa Nous avons aussi découvert Diarabi et Mansa. Nous sommes en Afrique et Mansa le jeune prince au coeur pur tombe amoureux de Diarabi. Une méchante sorcière tente de se débarrasser de la belle en prenant son apparence. Diarabi déjouera les piège de la vieille en signalant sa présence dans différentes plantes, signifiant ainsi de manière très poétique la persistance de leur amour. Les illustrations sont magnifiques, avec des gros plans sur les visages et les coiffures. 
Les paysages sont également très beaux, composés de grands aplats de couleurs contrastantes. A noter que le conte reprend certains mots issus de la culture africaine ( je n’ai pas pu déterminer de quel pays exactement). Un petit lexique en fin de page permet d’obtenir les explications nécessaires.
Autre conte, peut être plus difficile à comprendre mais les enfants aiment bien le récit qui gardent une part de mystère : L’Homme à la peau d’Ours. C’est l’histoire d’un homme démobilisé à la suite d’une guerre. Il ne trouve aucun refuge, sa famille le rejette, il est désespéré. Il rencontre le diable avec qui il passe un marché : il restera 7 ans sous une peau d’ours, sans se laver en échange de quoi il sera riche. Sinon, son arme reviendra au diable. Evidemment, il affronte les regard hostiles des autres mais se sert de son argent pour aider les plus démunis.  homme à la peau d'ours
Un jour, un homme à qui il a rendu service lu donne en mariage sa benjamine que l’aspect de l’homme ne repousse pas. Il lui promet le mariage quand il sera délivré du sort et tiendra sa promesse.
On retrouve ici le thème de la personne marquée du sceau de l’opprobre matérialisé par une peau de bête, comme dans Peau d’âne. Comme dans ce dernier conte, le héros s’en sortira par sa force morale et le diable prendra l’âme des deux soeurs ainées qui avait repoussé l’homme. On retrouve aussi le thème de la Belle et la Bête ou de Cendrillon dans lesquels l’un des futurs époux ne se laisse pas abuser par l’apparence repoussante de son promis ou de sa promise. Ce conte de Grimm est une histoire assez complexe mais elle plait à mes enfant de 5 ans qui y voient surtout pour l’instant l’histoire d’amour contrariée et retardée. Les illustrations de Sébastien Mourrain sont faites d’une lignes claire, permettant de soutenir la narration parfois difficile à appréhender pour les plus jeunes.
babayaga Derniers livres de la sélection : deux livres illustrés par Rebecca Dautremer. Le premier, Babayaga emprunte le thème de la marâtre qui en veut sa belle-fille ainsi que celui de l’ogresse. La petite miette, belle comme un coeur va déjouer les pièges qui surgissent au fur et à mesure, faisant confiance aux animaux qui l’aident dans sa quête. Là encore, les illustrations de Rebecca Dautremer sont pleines de caractère et rendent compte du danger environnant par des jeux de plongée et de contre plongée ainsi que par une palette de couleur sombre. J’ai particulièrement apprécié dans l’écriture de Taï-Marc Lethanh l’introduction qui explique pourquoi Babayaga est si méchante. Elle a été rejetée de tous et a échoué dans toutes ses tentatives de socialisation. Cà la rend quelque part plus humaine. Et puis le récit fourmille de détails amusants, comme par exemple, les multiples brosses à dents accrochées dans la salle à manger de Babayaga.
Enfin, je ne résiste pas à l’envie de vous partager Le Bois Dormait également illustré par Rebecca Dautremer, essentiellement fait de dessins qui montre le monde endormi dans l’attente du Prince. En effet, à ce moment là du récit, il y a toujours une éllipse et on on représente jamais ce monde endormi. On suit un prince à peine esquissé dans une ville moderne aux couleurs vives et aux dessins assez éloignés par leur sophistication du monde de l’enfance.

A noter pour ceux qui apprécient le travail de Rebecca Dautremer, son interview récente sur le podcast Exquises Esquisses.

le Bois Dormait

A noter enfin la collection Petits Contes du Tapis au Seuil Jeunesse qui offre une première version de nombreux contes traditionnels avec un système de rabat sur lequel figure la totalité de l’histoire, ce qui permet à l’enfant de tourner librement les pages pendant que l’adulte garde sous les yeux le récit. A noter notamment les Musiciens de Brême illustré par Bruno Heitz, Blanche Neige ou le Chat Botté.

les trois plumes poucette Diarabi et Mansa homme à la peau d'ours
babayaga le Bois Dormait
  • Bruno Bettelheim la Psychanlyse des Contes de Fées
  • Les trois plumes illustré par Anne Romby Editions Milan
  • Poucette illustré par Charlotte Gastaut chez Flammarion-Père Castor
  • Diarabi et Mansa de Souleymane Mbodj (Auteur), Judith GUEYFIER (Illustrations) aux Editions Milan
  • L’Homme à la Peau d’Ours de de Anne Jonas (Auteur), Sebastien Mourrain (Illustrations) Seuil Jeunesse
  • Babayaga de Taï-Marc Lethanh (Auteur), Rebecca Dautremer (Auteur) chez Gauthier Languereau
  • Le Bois Dormait Rebecca Dautremer chez Sarbacane
  • Les Petits contes du Tapis au Seuil Jeunesse

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