“L’impératrice Yang Kwei-Fei”, Mizoguchi (1955)

L’impératrice Yang Kwei-Fei   raconte la vie d’un empereur resté inconsolable de la mort de sa femme  dont il était très amoureux.

Le film s’ouvre d’emblée sur le thème de la solitude de l’empereur décrite par un long mouvement de caméra parcourant l’ensemble d’une pièce à l’extrême droite de laquelle on le trouve  seul.  A la demande de son fils, on vient le chercher assez brusquement pour le déménager dans un autre palais.

Les éléments clés du film sont ainsi posés : la solitude de l’empereur et le décrépissement du pouvoir d’un homme seul qui ne trouve comme dernières satisfaction que les plaisirs solitaires de la  contemplation de la nature et la musique.

En parallèle est introduite l’existence d’un groupe de personnes complotant et tentant de gravir les échelons de la hiérarchie sociale en se rapprochant de l’empereur. Rapidement, il est clair que celui qui  parviendra à faire oublier à ce dernier défunte épouse sera récompensé. Lui sont donc présentées diverses femmes qui ne conviennent pas car elles n’égalent pas l’épouse regrettée. Puis finalement, est trouvée une jeune personne, cousine de riches bourgeois qui l’exploitent dans leur cuisine. Elle séduira l’empereur non par ses charmes mais en jouant du luth.

Elle lui fera découvrir les joies simples de la vie en l’entraînant le jour du Nouvel An dans les rues de la ville, lui faisant découvrir les danseurs, les marchands ambulants, cet univers plein de vie qui s’oppose à la rigidité de l’étiquette de la cour et aux complots qui y règnent.

L’oncle de l’impératrice Yang Kwei-Fei est récompensé. Sa famille, la famille Yang, se pare alors de fastes qui sont mal supportés par la population locale.  Une partie de l’armée est par ailleurs manipulée par  un de leur ancien complice, qui déçu, de la récompense qui lui est attribuée, cherche à renverser le régime.

Finalement, la paix ne peut être retrouvée qu’après les meurtres des membres de la famille Yang par l’armée qui s’est mutinée et par la pendaison de l’impératrice Yang Kwei-Fei. L’interprétation du film est à ce sujet discutable. On ne sait si c’est elle même qui choisit de mourir pour rétablir l’ordre ou si l’empereur lui en intime l’ordre, faisant prévaloir les intérêts du royaume sur ses sentiments personnels.

Quoiqu’il en soit,  après une scène particulièrement subtile où l’on voit les parures royales tomber l’une après l’autre  aux pieds de l’impératrice pour seule évocation de sa mort, l’empereur s’effondre aux pieds  de la statue de sa première épouse, appelant Yang Kwei-Fei  et entendant sa voix.

Si comme dans d’autres de ses films MIZOGUCHI critique ceux qui ne voient que dans le pouvoir qu’un enrichissement personnel aux dépens de la population, l’Impératrice Yang Kwei-Fei   est construit sur l’opposition entre d’une part, une société fondée sur les apparences, les richesses et le pouvoir et  d’autre part, les aspirations personnelles  de l’empereur. Son amour pour sa première épouse est en effet totalement incompris par sa cour qui s’en tient aux  apparences physiques et ne comprend pas que la communion des âmes importe bien plus.

De même, son goût pour la musique est perçu comme une perte de temps. Pourtant, comme dans  l’Intendant Sansho, la musique tient un rôle primordial. L’attention se porte en effet sur la cousine de la famille YANG non par sa beauté ou son rang social, puisqu’elle joue le rôle d’une domestique, mais par son chant. De même, elle séduit l’empereur en jouant au luth l’air qu’il a composé dans  l’après midi face aux pommiers en fleurs. Il lui dit alors “Nous sommes à l’unisson” et l’on comprend le lien indéfectible qui les unira désormais. Ils partageront encore cet art quand Yang Kwei-Fei  dansera dans la rue le jour du Nouvel An accompagnée au luth part l’empereur.

L’empereur apparaît seul dans son palais après avoir fait échoué une nouvelle fois les tentatives de sa cour pour lui présenter une nouvelle courtisane. C’est la musique qui l’attire sur la pièce de gauche et qui lui fera connaître Kwei Fei.

Aux dorures de son habit et du palais s’oppose la pauvreté et la crasse dans laquelle est trouvée cette dernière.

La primauté donnée à  l’accomplissement personnel est particulièrement forte dans ce film et clôt d’ailleurs celui-ci en décrivant ce que l’on peut interpréter comme étant la mort de l’empereur qui ayant accompli son devoir, rejoint ses deux amours.

MIZOGUCHI introduit également une réflexion sur la primauté de la loi sur l’empereur lui même. Il est en effet interdit aux campagnes de l’empereur de se mêler de politique. L’empereur hésite face à la sanction à appliquer à l’une d’elles puis il se soumet à la norme qui a lui même édicté. Plus loin, c’est cette même règle qui justifiera la répudiation de Yang Kwei-Fei. Inquiète de la contestation montante contre sa famille, celle-ci demande à l’empereur de la chasser avec son entourage. Il refuse mais la répudie au motif qu’elle a tenté de s’immiscer dans les affaires politiques.

Si la scène de la pendaison est remarquable, L’impératrice Yang Kwei-Fei pêche par un montage très dur procédant par ellipse dans lequel le spectateur peine au premier visionnage à saisir l’intégralité de l’intrigue. Cette difficulté surmontée, on peut encore regretter que ce montage fasse perdre de la profondeur aux personnages dont la psychologie ou les sentiments sont trop rapidement évoqués.

Le site Ciné club de Caen propose un travail général sur l’oeuvre de MIZOGUSCHI très interressant !

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